Soyez prudent comme les serpents, et simple comme les colombes 

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A ceux qui voudront le suivre, Jésus assure une récompense, des biens au centuple sur cette terre et l’héritage de la vie éternelle, mais qu’ils souffriront aussi des persécutions. Il y aura des difficultés et des défis à affronter.


˝Voici, dit-il, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups˝.

Nous sommes envoyés comme des brebis au milieu des loups. Voilà une situation qui est bien imprudente : nous voilà désarmés au milieu d’ennemis avides, prêts à nous déchirer et bien armés pour le faire. La prudence de la chair nous recommanderait de partir armés, prêts à défendre chèrement notre peau et même à tailler en pièce nos ennemis. Nous succombons souvent à cette tentation de chercher l’appui de la chair qui hélas se paie toujours très cher. Le risque c’est de nous séparer du Christ, car : « Qui veut sauver sa vie la perdra ». Partir comme des brebis au milieu des loups c’est tourner le dos radicalement à la prudence selon la chair. Jésus nous recommande donc à la fois de ressembler à la colombe et au serpent. Notre consolation ne peut venir que de la puissance de Celui qui nous envoie. Cela suffit pour nous donner du courage, et pour nous empêcher de craindre les loups qui nous attaqueront. La pensée que c’est Jésus qui nous envoie dans le danger doit nous donner l’assurance que nous serons préservés. Et puisque ce danger est si grand, soyons donc dans notre conduite, dans la connaissance des hommes, prudents (ou sages, habiles, avisés) comme les serpents et simples (ou purs, innocents, sans mélange) comme les colombes. Nous devons donc à la fois ressembler à la colombe et au serpent.

La qualité symbolisée par la colombe est la pureté ou simplicité, qualité de ce qui est sans mélange, comme l’or pur, comme une substance simple. Cela doit se traduire dans nos vies par des actes orientés vers la seule gloire de Dieu, toujours en quête de sa justice sans nous soucier du reste dont Dieu se souciera pour nous. Au fond, la simplicité dont il est question ici, c’est le fruit de la foi. Etre pur comme la colombe, c’est être allégé de tout ce qui nous porterait aux œuvres de la chair, et nous abandonner entre les mains de Celui qui nous appelle à son service.

Que le Christ nous demande d’être purs comme des colombes, on peut le comprendre. Certainement faut-il comme le Saint-Esprit, être pur, avoir la foi, être plein de douceur, et comme la colombe, image même du sacrifice, être prêt à donner sa vie, prêt à tout donner comme l’est invité la jeune homme riche. Le Christ ne nous a-t-il pas dit : « Donne à qui te demande… si on te frappe sur la joue gauche, tends la droite… si on te prend ton manteau donne aussi ta tunique… »

Pourquoi Jésus ajoute-t-il ici : « rusés comme des serpents » ? Jésus nous montre là une vision tout à fait réaliste de la vie du chrétien dans le monde : il faut de la pureté, de la foi, certes, mais aussi de l’intelligence, le chrétien ne doit être ni naïf, ni stupide pour se laisser facilement duper. Jésus ne dit pas : «si on te prend ton manteau, laisse prendre ta tunique », mais « donne ta tunique », et « si on te frappe sur la joue gauche, laisse-toi frapper sur la droite en plus » mais « tends la joue droite ». C’est là la position active du chrétien, et il faut certainement de l’intelligence pour éviter une certaine perversion possible de la douceur et de l’amour. La mollesse et la faiblesse ne sont pas constructives, et pourtant il faut tout donner jusqu’à sa vie. Notre attitude doit être faite d’une part de pureté et de douceur, mais aussi d’intelligence et de ruse. L’Evangile n’est pas une incitation à la passivité et à se laisser faire, il invite, au contraire, à une certaine intelligence, mais sans jamais renoncer à son idéal de pureté.

Pratiquement, il nous faut être sage et intelligent pour ne pas faire ce que nous croyons bien sans discernement. Et toujours nous demander ce que notre décision va générer de créateur ou de pervers par la suite. Il est essentiel que nous sachions au service de quoi nous décidons et agissons afin que nous sachions grandir dans la sagesse et ne pas perdre le sens de ce que nous faisons. Soyons vigilants à l’égard de ces actes de repentance ou demande de pardon à bon marché dont certaines personnes mal attentionnées peuvent profiter pour nous abuser. Nous ne devons pas aspirer au martyr et à la persécution. Nous avons à être avisés, à savoir nous défendre des accusations mensongères, à éviter les pièges sans jamais manquer à la vérité. N’oublions pas que le chrétien a le devoir de faire tout ce qu’il peut pour la justice mais dans le respect des Commandements de Dieu, notamment du commandement d’Amour.

La difficulté pour le chrétien est de garder l’équilibre entre l’intelligence et la foi. Le Christ ne demande pas au chrétien de se retirer du monde, mais d’y agir et donc d’entrer dans son mode de fonctionnement. Le chrétien est ainsi écartelé entre le serpent intelligent, terre-à-terre, et la colombe qui s’élève dans les cieux. C’est la dialectique de sa vie, crucifié entre le vertical de la foi et l’horizontal du bon sens terrestre.

«Soyez intelligents comme des serpents et purs comme des colombes». Ce verset résume toute la complexité de l’Evangile, il nous place devant la grâce totale de Dieu, et en même temps devant notre responsabilité. Il nous montre notre propre vocation d’être à la suite du Christ dans une tension fondamentale entre le royaume du Monde et le royaume de Dieu.

Pasteur Hary Andriambeloma